Forum des élèves de Polyphonies, école à distance d'écriture musicale et de composition.
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Dans cette discussion, vous trouverez quelques clés pour comprendre mon parcours et les compositions présentées. C'est un texte que je modifierai au fur et à mesure des discussions. Ne vous inquiétez pas trop pour la compréhension pour l'instant. Je joindrai dans un second temps des exemples tirés des pièces.
Lorsque j'ai commencé à mettre en place mon langage musical, je me suis donné comme base quelques principes simples:
- Me situer hors de la tonalité ou du mode. A savoir ne pas chercher à analyser tonalement ou modalement une pièce. Pour cela, il fallait mettre en place d'autres codes de langage simples et accessibles concernant notamment la gestion des consonances et des dissonances. Mais en même temps, je tenais à me situer dans une esthétique contemporaine. Dans les années 80, la dissonance régnait en maître
- Prendre en compte l'expérience du sérialisme dans la construction ou l'élaboration de la polyphonie.
- Pousser plus loin le travail sur le schème et les imitation notamment en l'associant à la polyrythmie (polypulsation)
-
......
I COMMENT GERER LA VERTICALITE?
J'ai d'abord différencié les intervalles consonants et statiques (octave-quinte, quarte) des intervalles dissonants ou dynamiques (quarte augmentée, quinte diminuée, seconde, septième). La sixte et la tierce étant pour moi située entre les deux. C'était un parti-pris, je le reconnais, mais il m'a permis d'avoir un point de départ cohérent d'un point de vue sonore. De ce fait, dans mes premières compositions, afin de me situer dans une esthétique contemporaine je contrôlais précisément le contrepoint de manière à ce que l'on n'entende jamais un intervalle consonant isolé sans qu'il y ait en même temps un intervalle dissonant. Par exemple, à do et sol, j'ajoute par exemple un réb. Cela génère une polyphonie toujours en tension ou en mouvement, puisque l'on est toujours en attente d'une éventuelle résolution. Ma composition "A propos d'anges" pour piano (1988) est entièrement conçue sur ce principe.
Le caractère particulier du début de cette pièce est inspiré par le texte du poème de Czesław Milosz et notamment pour ce passage, ces vers:
On vous a tout ôté, les robes blanches,
Les ailes, jusqu'à votre existence
Pourtant je vous crois,
Messagers
Là, où le monde est tourné à l'envers
Lourde étoffe brodée d'étoiles et de bêtes
Vous flânez, inspectant les coutures vérifiques
Début du poème qui pour moi, nécessitait musicalement une atmosphère plutôt tendue ...
> Ecouter le MP3 A propos d'anges-début
Vous voudrez bien excuser la mauvaise qualité de l'audio. J'ai préféré vous le donner pour que l'explication soit plus claire. Cette pièce illustre bien cette phase très expérimentale de mon écriture à cette période.
Ce point de départ me donnait la possibilité d'inverser la proposition en n'employant alors que des intervalles consonants. C'est ce que j'ai rapidement mis au point dans certaines pièces. Au fil du temps, les deux propositions ont été intégrées dans mes compositions.
C'est le début du tableau Siméon au temple dernier volet de ma pièce Hommage à Rembrandt (1995)
L'atmosphère est totalement différente. C'est le dernier tableau de Rembrandt, inachevé d'ailleurs.
> Ecouter le MP3 Hommage à Rembrandt : Siméon au Temple
Par la suite, les deux systèmes n'ont plus fait qu'un, notamment dans le quatuor de 2007. Cet exemple est le début du cinquième mouvement de cette pièce qui a été créée par le quatuor Kadenza au festival de Saintes.
> Ecouter le MP3 : Quatuor 5ème mouvement
... à suivre ...
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Merci pour ce partage de toute une évolution de vie!
Je suis déjà intervenue à plusieurs reprises,je laisse la parole aux autres
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Jean-Luc a écrit:
Au fil du temps, les deux propositions ont été intégrées dans mes compositions.
N'est-ce pas finalement ici "l'ultime" finalité du compositeur : intégrer les divers éléments musicaux développés à ce jour (ethnique, folklorique, tonal, modal, atonal...), et les mettre au "service" de ses compositions ? Et c'est finalement dans les mélanges, et les choix (en fonction d'un but à atteindre, de la sensibilité artistique du compositeur, de son parcours musical) qui feront q'une oeuvre trouvera toujours son originalité. En tout cas, bravo pour votre travail que j'ai pu écouter grâce au lien proposé par elfes, on sent ici l'importance d'une grande maîtrise du contrepoint (et de l' écriture pour cordes).
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Merci pour votre retour
C'est important en effet d'intégrer toutes nos influences mais il faut réussir à le faire en restant dans la même cohérence de son propre langage.
Ps: le premier message sera constamment enrichi en fonction de mes réflexions et aussi de vos diverses remarques ou questions. J'espère qu'à la fin, j'aurai mon article
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Bonjour Jean-Luc,
Merci pour ces explications. J'ai trois questions concernant le contrepoint :
1) Comment utilisiez-vous les intervalles intermédiaires de sixte et de tierce ?
2) Si à chaque consonances vous ajoutiez systématiquement une dissonance (en tension avec attente de résolution) la dernière dissonance n'est pas résolue ou la pièce ne se termine pas ... comment gériez-vous les finales ?
3) Vous dites: "Ce point de départ me donnait la possibilité d'inverser la proposition en n'employant alors que des intervalles consonants", je ne comprend pas bien ce que veut dire inverser dans ce cas, est-ce que les consonances seraient considérées comme des dissonances et donc résolues sur des dissonances ? Ce qui reviendrait donc à inverser la notion de consonance et de dissonance (octaves, quintes et quartes deviendraient des dissonances et les autres intervalles des consonances sauf les sixtes et tierces qui resteraient intermédiaires) mais je n'y crois pas trop.
Je laisse de coté pour le moment les questions sur la polypulsation qui me titille pourtant ... mais restons pour l'instant dans les notions de base
Dernière modification par Didier (01-06-2018 17:13:58)
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@Didier:
- 1)Tierces et sixtes pouvaient être employées sans problème car dans ce système, elles étaient "neutres".
- 2) En 88, j'avais terminé mes études avec mon cher professeur Jean Robert. Mon langage était contemporain de ces années. La notion de dissonance avait déjà perdu son caractère dialectique consonance/dissonance. A partir de Debussy et systématiquement avec la musique sérielle, les résolutions des dissonances n'avaient plus la nécessité d'être résolues. Il faut donc prendre ici le terme de dissonance au sens physique.
3) Là aussi, il n'y a plus de dialectique. En fait, je passais plutôt d'un langage basé sur des intervalles en tensions à un langage reposant sur des intervalles statiques.
Je vais chercher des exemples issus de compositions de cette époque. Cela va prendre un peu de temps, car il n'y avait pas Finale à l'époque. Les partitions sont manuscrite et il faudra scanner
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Pour ceux qui le souhaitent, je rappelle que l'on peut écouter quelques pièces sur le site de Bandcamp:
https://kuczynski.bandcamp.com/music
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Nous sommes habitués à cette notion de consonance, dissonance,à résoudre absolument (cfr les corrections )
Ici après ce long parcours d'étude que vous avez réalisé,il nous reste ce que vous appelez "la dissonance physique". dans "à propos d'anges"
Il me semble que nous devons aborder ces textes en abandonnant l'idée de résolutions possibles ou non puisqu'il n'y a pas d'idée de résolution en tout cas ,une autre manière de penser l'écriture qui sans le contrepoint serait de la cacophonie,je précise que ce n'est pas le cas! Mais c'est sans doute là une différence importante avec des compositions réalisées sans fondement,par des amateurs qui se disent compositeurs ce qui amène beaucoup de gens dire:"ah non ce n'est que du bruit,çà m'énerve!"
Une question me vient:la nature humaine a en elle cette notion de "tension détente" ce qui a donné ces résolutions.Le fait d'être toujours en tension quelque part est ce une seconde nature? Pourtant en écoutant votre musique,je ne ressens pas cette tension perpétuelle,qui parfois pourrait être déstabilisante.. (vu qu'il n'y a pas de résolution) c'est l'art de bien les utiliser ? Maintenant,il s'agit des premières compositions et comme vous dites votre évolution a repris en compte cette unité que vous expliquez dans le quatuor.?
Je pense à Brahms qui utilisait beaucoup la polyrythmie;c'est souvent ainsi que je reconnais sa musique ? Un mouvement libre à chaque voix redoutable à l'étude du piano mais tellement riche musicalement;un peu entre ciel et terre..?
Naum Slusny a écrit quelques préludes ou il utilise cette polyrythmie déroutante mais bien menée
Voilà quelques réflexions...
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J'ai encore une question
Hommage à Rembrandt (1995)
Comment avez vous pu envisager une oeuvre en regard avec une peinture? je suis très intéressée car j'ai un peintre namurois que je vénère,si je puis dire.....
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@Galgo: Il est vrai que je suis très strict concernant les résolutions des dissonances tant que l'on reste dans le cadre d'une l'écriture classique. Mais lorsque l'on arrive à la fin de la formation et que l'on a abordé l'écriture sérielle puis atonale, je vous laisse gérer celle-ci selon vos propres aspirations. Mais comme vous le faites remarquer, le contrepoint (la ligne et la complémentarité notamment) reste essentiel.
Concernant cette notion de tension détente, si elle n'existe plus avec les intervalles (je l'ai retrouvée quand même assez rapidement , il y a d'autres éléments musicaux qui permettent de la gérer, entre autres les mouvements.
Pour cet Hommage à Rembrandt, j'avais choisi huit tableaux qui étaient projetés pendant le concert. Je disposais d'un ensemble de huit instruments mais pour chaque tableau, l'instrumentation était différente afin d'obtenir une couleur sonore particulière. Pour chaque tableau, J'ai écrit une pièce qui correspond à ma propre perception de celui-ci.
@lvbeethoven: ne vous inquiétez pas, vous avancez bien et c'est l'essentiel. Bientôt, à votre tour vous aurez à vous posez sur ces problèmes ou questions d'atonalité
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Peut être suis je hors sujet mais je voulais vous demander dans 100 ans par exemple dans quelle catégorie de compositeurs vous situeriez vous? je pense en tant que belge à Benoît Mernier ,est il proche de vos idées?
Pour ceux qui ne le connaissent pas il est né en 1964 et est toujours parmi nous,élève de Ph Boesmans
Dernière modification par galgo (07-06-2018 20:14:00)
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C'est une question difficile. Je poursuis en effet mon propre chemin de compositeur ... en me tenant au courant de ce qui s'écrit à notre époque mais sans me laisser influencer. Je peux vous citer les compositeurs modernes ou contemporains dont j'aime les idées ou la musique comme Stravinski, Ligeti, Denisov, Poulenc, Penderecki, Webern, Pärt, Kurtag ... Il y a en beaucoup d'autres et la liste pourrait être longue. Je ne peux pas vous répondre de Benoît Mernier car je ne connais pas assez sa musique. En fait, je ne pense faire partie d'aucun courant particulier. Depuis que j'ai commencé à composer, je me donne des directions pour mes recherches. J'essaie de m'y tenir et évalue comment j'y suis parvenu lorsque la pièce est terminée. Bien sûr, je reçois nécessairement des influences mais elles ne viennent pas nécessairement des compositeurs contemporains (c'est plutôt rare d'ailleurs car ils ont leurs chemins et moi le mien ) Par exemple, l'été dernier, j'avais eu un grand choc musical avec l'Agnus dei de la Missa brevis de Palestrina qui m'a donné l'idée d'écrire une composition vocale dans cet esprit. Ce n'est pas une écriture contemporaine pourtant je peux adapter mon écriture à ce type de travail, sauf
que là ou je privilégie les secondes ou 7èmes, les quartes ou les quintes , ce sont les tierces et les sixtes qui deviennent la base du langage.
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Bonjour à tous
Je relance cette discussion,à la recherche de ces quelques clés....je me demande depuis plusieurs mois comment à mon niveau qui aborde les sonates pour piano de Mozart ,je suis capable de comprendre les subtilités de votre évolution ,Jean Luc ;peut être est ce plus simple pour les étudiants en fin de parcours .
D'un autre côté,c'est au fil des questions et réponses que nous pourrons comprendre le choix de votre parcours et notamment et votre oeuvre la plus récente.
Par exemple, l'été dernier, j'avais eu un grand choc musical avec l'Agnus dei de la Missa brevis de Palestrina qui m'a donné l'idée d'écrire une composition vocale dans cet esprit. Ce n'est pas une écriture contemporaine pourtant je peux adapter mon écriture à ce type de travail..
J'ai une grande question: comment sortir de tous les modèles qu'ils soient sériels,dodécaphoniques,classiques,néo classiques etc... pour façonner son évolution ?
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Il me semble en effet qu'avoir abordé les derniers cours de composition sur la musique du XXème siècle aide bien à comprendre ces choix. De plus ces cours vous aideront à forger vos propres langage et style musicaux. En abordant Ravel ou Stravinski, on ne peut coller au langage musical comme on le fait avec Bach ou Mozart. Vous mettrez naturellement en place vos propres éléments d'écriture dans ces travaux. C'est pour cela que les compositions des master sont très différentes d'un élève à l'autre.
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Merci Jean Luc pour cette synthèse très claire
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Cet « Hommage à Rembrandt » a dû faire une bien belle expo, enfin... un beau concert, enfin... les deux !
Un beau souvenir sans aucun doute pour les chanceux qui y étaient et, heureusement, un bel enregistrement !
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