#1 19-11-2015 13:42:52

olicha
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Messages: 218

[C56] justification des parallélismes

Bonjour,
J'ai bien compris que Beethoven use et abuse des redoublements de voix mais il y a quand même deux endroits dans cette partition où j'aimerais qu'on m'explique la justification de la licence qui est prise par rapport aux règles de base:
http://www.polyphonies.eu/forum/images/img0961.png
Ici je vois deux octaves parallèles. Ou alors on ne considère pas qu'il y a des retards sur les silences de la main gauche. L'harmonie serait établie au posé, ce qui ferait considérer le Do au posé comme une quinte consonante qui s'interpose entre les deux octaves (à l'écrit du moins, parce qu'à l'oreille j'entends les octaves).

et là
http://www.polyphonies.eu/forum/images/img0962.png
Les parallélismes des deux mains sont quand même violents. Je suppose que le Do qui reste en place à la main droite excuse beaucoup de chose (en particulier on peut dire que le Sib descend sur le Lab) mais côté main gauche, on ne peut pas faire parallélisme plus franc. Et même si on peut expliquer le parallélisme d'octave comme une doublure mélodique, cet argument n'a plus cours pour la quinte depuis le grégorien.
Personnellement j'ai plutôt l'impression que Beethoven voulait un accord le plus complet possible quoi qu'il en coûte.

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#2 19-11-2015 15:33:59

Didier
Ancien élève
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Re: [C56] justification des parallélismes

Bonjour Olivier,

Il me semble me rappeler que sur une cadence conclusive, comme une cadence de fin de thème ou finale, on peut sortir de la logique du contrepoint et user plus volontiers de parallélismes pour appuyer l'effet conclusif de la cadence. Ce qui serait donc peut-être en relation avec votre deuxième exemple.


Didier
Cycle court PRO - Terminé
Niveau III - C51 - Choral varié BWV 766

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#3 20-11-2015 11:13:39

Jean-Luc
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Re: [C56] justification des parallélismes

Il faut d'abord comprendre la raison pour laquelle on est en venu à éviter les successions d'octaves ou de quintes dans les musiques polyphoniques. L'autonomie des voix y était devenue un objectif essentiel.  Or, la quinte et l’octave,  intervalles les plus consonants ont pour effet d’appauvrir la polyphonie en donnant l’impression de fusionner (étymologie de consoner : sonner ensemble) lorsqu’ils sont joués simultanément. Lorsque deux quintes ou deux octaves se succèdent, il y a alors un "trou" dans la polyphonie. C'est pour cela qu'on évite leurs successions et qu'il y a ces précautions pour amener ces intervalles dans une polyphonie. 

Mais il est des passages dans une pièce musicale où l'on ne souhaite plus cette autonomie et où au contraire, on préfère des harmonies fortes et franches. C'est le cas lors des coda-cadences et notamment dans la musique classique ou romantique. C'est le cas dans ce dernier exemple de Beethoven où ce sont les accords  sont valorisés pour eux-mêmes ce qui donne plus de poids à cette cadence.  La réponse de Didier est juste car elle va dans ce sens.

C'est moins clair dans le premier exemple en raison du retard. Mais on peut penser également qu'il s'agit d'une mise en valeur de cette cadence.


Pour joindre une image à votre message, envoyez la par mail à images[at]polyphonies.eu au format jpg ou png.

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#4 21-11-2015 19:08:40

olicha
Membre (BT)
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Messages: 218

Re: [C56] justification des parallélismes

Merci Jean-Luc.
Encore une fois, je me rends compte que nous n'apprenons des règles que pour pouvoir les transgresser à bon escient, ce "bon escient" dépendant de chacun ( ce qui ne me rassure pas). Beethoven faisait des néologismes que certains prenaient à l'époque pour des barbarismes. La limite est floue, voire mouvante...
J'ai quand même l'impression que les compositeurs pianistes se permettent d'écrire avec leurs doigts alors que je n'ai d'autre choix que d'écrire avec mes yeux, si vous voyez ce que je veux dire.

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#5 22-11-2015 12:06:02

Didier
Ancien élève
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Re: [C56] justification des parallélismes

A mon humble avis, il ne s'agit pas de transgresser,c'est plus simple que ça, il s'agit d'atteindre le plus efficacement possible le but fixé:
Soit la polyphonie est privilégiée et dans ce cas le contrepoint est la garantie d'une parfaite clarté dans l'indépendance des voix, soit la fusion des timbres est mise en avant et dans ce cas, les doublures et les parallélismes donnent du volume et de meilleurs résultats.

Ce qu'il faut avoir à l'esprit, c'est que tout parallélisme de quintes, d'octaves et d'unissons correspond à une réduction du nombre de voix, cette réduction est donc parfaitement légitime au terme d'une phrase musicale qui fait cadence. Par contre, un parallélisme fortuit au cours d'un développement polyphonique est une maladresse, il me semble.

Ceux qui composent uniquement avec leurs doigts, ne sont donc pas à l’abri de parallélismes maladroits.


Didier
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#6 23-11-2015 09:00:39

Jean-Luc
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Re: [C56] justification des parallélismes

@Didier

Vos remarques sont justes en effet..


@Olicha
Le "bon escient" dépend surtout de la logique de l'écriture dans la pièce que  l'on compose. Cette logique se met en place en pensant la pièce dès sa conception et au fur à mesure de son écriture. Ce sont des choses que vous apprenez petit à petit sans vous en rendre vraiment compte peut être durant ces cours de composition.
Sur un clavier, on peut trouver des idées musicales et orienter son écriture mais la composition reste avant tout une discipline pensée. La pensée est omniprésente chez les grands compositeurs pianistes ou organistes comme Bach Mozart ou Chopin. Pour ce dernier, je citerai une petite anecdote : George Sand avait entendu improviser Chopin à partir d'une idée musicale. Celui-ci s'était ensuite mis à sa table de travail pour composer la pièce. L'écrivain a été ensuite très déçue de la composition finale. On peut en conclure deux choses: que les grands compositeurs ne composent pas avec les doigts sur un clavier (Bach appelait ces compositeurs "les chevaliers du clavier" ) mais avec la tête  et que George Sand n'était pas très avisée en écriture classique . smile


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