Le blog de Polyphonies, école à distance d’écriture musicale et de composition.

Chiffrages et notation des accords (I). Les chiffrages américains

Toute musique basée sur la tonalité et les modes, qu’elle soit classique, jazz, chanson ou autre dispose des même sept accords. Leur structure est relativement simple et strictement identique dans toutes les musiques. Toutefois, leurs chiffrages ou leurs notations différent et peuvent sembler parfois d’un abord complexe. Dans cette petite mise point, nous nous intéresserons d’abord aux chiffrages américains, utilisés en jazz et en musique de variété puis au prochain article, au chiffrage classique de la basse continue.

Toute musique basée sur la tonalité et les modes, qu’elle soit classique, jazz, chanson ou autre dispose des même sept accords. Leur structure est relativement simple et strictement identique dans toutes les musiques. Toutefois, leurs chiffrages ou leurs notations différent et peuvent sembler parfois d’un abord complexe. Dans cette petite mise point, nous nous intéresserons d’abord aux chiffrages américains, utilisés en jazz et en musique de variété puis au prochain article, au chiffrage classique de la basse continue.


- Chiffrages et notation des accords (I). Les chiffrages américains

- Chiffrages et notation des accords (II). Basse continue et basse chiffrée


En préambule à cet article, rappelons que les chiffrages américains sont étudiés et approfondis dans les cours d’arrangement et d’harmonisation POLYPHONIES, qui ont pour objectif d’apprendre à créer, harmoniser et arranger musique et chansons. Cet article est destiné à tous et j’espère qu’il vous permettra de mieux comprendre la logique des chiffrages américains.

Un peu d’histoire

Dans nos premiers cours d’harmonie, nous avons vu que les accords sont des superpositions de tierces. Il en faut deux au minimum pour former un accord, la triade ou accord à trois sons.

Le nombre de sons dans l’accord a évolué au cours des siècles. En effet, les premières polyphonies de la Renaissance étaient basées uniquement sur des accords à 3 sons. Et c’est à partir du XVIIème siècle que les accords à 4 sons [1] eurent droit de cité avant de passer dans l’usage courant au XIXème. La généralisation des accords à 5, 6 ou 7 sons, accords de 9ème, 11ème et 13ème que l’on appelle en jazz des extensions, date du début du XXème.

Les premiers siècles de l’écriture musicale sont celles du règne de la Polyphonie. L’accord ne comporte que trois notes. Cette triade est plutôt la coïncidence verticale de mouvements mélodiques superposés. C’est avec les cadences, dont le rôle est la ponctuation, que les accords trouvent peu à peu leur fonction dans le mode et que nait l’harmonie.

Il ne faut pas perdre de vue que les accords sont avant tout des superpositions de mouvements mélodiques. C’est la raison d’être d’ailleurs, jusqu’à la fin du XIXème, de la résolution et parfois de la préparation [2] des 7èmes et des 9èmes de l‘accord.

Constitution des accords dans le mode.

Sur chacun des 7 degrés du mode [3] peut être établi un accord.

Accords à 3 sons

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tonalité de do : accords à 3 sons en do majeur
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tonalité de do : accords à 3 sons en la mineur harmonique

Dans cet exemple figurent les accords à 3 sons des modes majeur [4] et mineur harmonique.

La note de basse de l’accord s’appelle la fondamentale [5]. Elle est établie sur un des sept degrés du mode.

Accords à 4 sons

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Tonalité de do : accords à 4 sons en do majeur
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tonalité de do : accords à 4 sons en la mineur harmonique


Pour obtenir un accord de septième, il suffit d’ajouter une nouvelle tierce à la triade. Selon les degrés, la 7ème sera majeure ou mineure. Dans notre exemple en do majeur, l’accord V7 est formé des notes fa la do mi. La 7ème fa mi est majeure.

Accords à 5, 6 ou 7 sons

On ajoute une tierce supplémentaire pour obtenir l’accord de neuvième. Ainsi par exemple en do majeur, l’accord de neuvième de dominante V9 est sol si ré fa la.

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Accords de 5, 6 et 7 sons en do majeur


Le principe est le même pour les accords de 11ème et 13ème. On ajoute à chaque fois une tierce supplémentaire. Ainsi en do majeur, l’accord VI11 est la do mi sol si ré. On observera que l’accord de 13ème comporte toutes les notes de l’accord [6]. Un accord ne peut donc pas comporter plus de sons qu’un accord de 13ème.

En composition, les accords à quatre ou cinq sons ne sont pas forcément utilisés avec la totalité de leurs notes. Deux notes seulement suffisent pour identifier un accord 7 par exemple, sa fondamentale et sa 7ème. Dans cet exemple, seules les notes fa et mi figurent dans l’accord IV7. Dans une harmonie formée de ces deux notes, c’est d’ailleurs le seul accord à 4 sons possible. Lorsqu’il manque des notes ou que l’accord est renversé, on le reconstitue facilement en positionnant les notes qui le composent en ordre de tierces.

Le nombre de notes d’un accord n’affecte pas sa fonction cadentielle dans le mode ni sa relation à la tonique. De ce point de vue, seul est essentiel le degré du mode sur lequel est établie sa fondamentale. Par contre, l’ajout de sons supplémentaires apporte un réel enrichissement d’ordre avant tout polyphonique.

Les renversements

Dans ces exemples, la note de basse est toujours la fondamentale. Toutefois, les autres notes de l’accord peut passer à leur tour à la basse. On dit dans ce cas que l’accord est renversé. En premier renversement, c’est la tierce qui devient la basse de l’accord. Dans nos analyses, nous indiquons ce renversement par la lettre a.

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Renversements



I7a signifie donc que nous sommes sur l’accord 7ème de tonique en premier renversement. Chaque renversement est indiqué par une lettre différente [7].

Les notes étrangères à l’harmonie

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notes étrangères à l’harmonie : diatonique et chromatique



Certains accords sont parfois enrichis des notes diatoniques étrangères. Leur rôle est mélodique. Il s’agit de dissonances devant être résolues sur une note de l’accord. Dans notre exemple, fa est une dissonance résolue sur mi.

La note chromatique est une note qui n’appartient pas au système diatonique. Cette note peut également à ce titre figurer dans l’accord. Dans cet exemple en do majeur, ré# est une note chromatique résolue sur mi. Son rôle est aussi mélodique et elle appelle une résolution. Nous disposons donc maintenant de tous les éléments pour constituer l’ensemble des accords de 3 à 7 sons, renversés ou non et sur tous les degrés.

Retrouvons ces mêmes accords avec une notation différente dans les chiffrages américains.

Chiffrages américains

Ces chiffrages sont utilisés par les musiciens de jazz ou de musiques actuelles à des fins d’accompagnement. Ils peuvent figurer au-dessus ou au dessous des portées et dans des grilles harmoniques. Dans la notation anglo-saxonne, les lettres A B C D E F G sont équivalentes aux notes la si do ré mi fa sol. Elles sont donc tout naturellement employées en chiffrage américain.

Accords à 3 sons

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tonalité de do : accords à 3 sons en do majeur

Ce chiffrage est simple dans son principe. L’accord est désigné par sa fondamentale et la qualité de sa première tierce :

- Dans l’accord I do mi sol, la tierce est majeure. Cet accord est donc do majeur. Il se note C. On ne place pas de lettre M pour signifier que l’accord est majeur.
- Dans l’accord VI la do mi, la tierce est mineure. Il s’agit donc de l’accord de la mineur qui se note Am. La lettre m minuscule signifie qu’il est mineur.
- La notation de l’accord VII si ré fa est une exception. Sa tierce est mineure et sa quinte est diminuée. On l’appelle si diminué et il se note B0 ou Bdim.

En notation latine, on le procédé est le même mais on remplace les lettres par les noms des notes : Do, La m et Si dim.

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tonalité de do : accords à 3 sons en la mineur harmonique

Le mode de la mineur harmonique comporte deux accords diminués, Bdim et G#dim. La tierce de l’accord III est majeure et sa quinte est augmentée. Il s’agit d’un accord de quinte augmentée qui se note C#5 ou C+.

Dans ce type de chiffrage, les signes #, b, m ou M indiquent la qualité [8] de l’intervalle. Dans les chiffrages américains, ils se placent toujours avant le chiffre correspondant. Le # devant 5 signifie que la quinte est augmentée. S’il y avait un bémol, elle serait diminuée.

Accords à 4 sons

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Tonalité de do : accords à 4 sons en do majeur
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tonalité de do : accords à 4 sons en la mineur harmonique

Les accords de jazz comportent la plupart du temps une 7ème. Lorsque la 7ème est mineure, on ajoute simplement le chiffre 7 au nom de l’accord à 3 sons, comme par exemple F7. Si elle est majeure, on place un M majuscule avant le chiffre 7.
- L’accord I7 en do majeur est CM7. Attention, le signe M n’indique pas que l’accord de do est majeur mais simplement que la 7ème l’est. On peut placer aussi la lettre M après le chiffre 7.
- L’accord VII7 en do majeur comporte une tierce mineure, une 5- et une 7ème mineure. Il se note Bm7b5 ou Bdim7.
- L’accord III7 en la mineur est CM7#5. La quinte est augmentée et sa 7ème est majeure.
- L’accord VII7 en la mineur est un accord de 7ème mineure diminuée. Il se note G#07 ou G#07b5. Il n’est pas nécessaire d’indiquer que la quinte est diminuée. 07 signifie que la 7ème est mineure diminuée.

Accords à 5 sons

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Tonalité de do : accords à 5 sons en do majeur
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tonalité de do : accords à 5 sons en la mineur harmonique


On obtient un accord à 5 sons en ajoutant une 9ème. [9]. Lorsque la 9ème est majeure, on ajoute le chiffre 9. Si elle est mineure, on l’indique par b9 et si elle est majeure augmentée par #9 [10]. La 7ème fait obligatoirement partie de l’accord 9. Aussi il n’est pas utile de l’indiquer dans le chiffrage si elle est mineure. On le fait seulement lorsqu’elle est majeure.

Les renversements en chiffrage américain

Les renversements ne sont pas toujours précisés dans les chiffrages américains. On peut les déduire lorsque la note de basse est représentée à côté de l’accord dans le chiffrage. On trouve par exemple ce type de notation BbM7/F. ll signifie que l’accord est sib ré fa la et que fa est la note de basse. Nous sommes donc dans ce cas en second renversement.

Ordre des intervalles dans le chiffrage américain

La notation du chiffrage américain est assez logique. Il est bon pour la clarté de vos chiffrages de respecter l’ordre des intervalles dans cette notation. Vos chiffrages seront ainsi toujours bien compris.

Pour les accords à 3 sons :

- Fondamentale
- Tierce : m si elle est mineure, on n’indique rien si elle est majeure
- Septième : 7M si elle est majeure, 7 si elle est mineure
- Quinte : b5 si elle est diminuée, #5 ou + si elle est augmentée

Cela nous donne par exemple : F, Am, CM7, Bm7b5, G+...

Avec les extensions, le chiffrage devient un peu plus aléatoire. Il n’y a pas de véritable convention, ce qui est bien dommage. Voici toutefois ce que l’on trouve généralement :

En premier se trouvent toujours la fondamentale et la tierce si elle est mineure. Puis dans un ordre qui dépend de chaque accord, arrivent la 7ème et les extensions. Si l’extension est mineure, on emploie le symbole b et si elle augmentée, le symbole #.

On peut trouver par exemple : C13M7 (la 7ème est majeure), Bm7b5(11) Em7b9 (la neuvième est mineure).

On notera que dans les extensions la neuvième est mineure ou majeure, la 11ème est juste, augmentée ou diminuée tandis que la 13ème est mineure ou majeure.

Intérêts et limites du chiffrage américain

Ce chiffrage offre une grande liberté à l’accompagnateur car l’accord peut être joué sur la position ou le renversement de son choix.

Le chiffrage américain n’est pas toujours d’une grande utilité pour l’analyse. En jazz d’ailleurs, la partition n’est pas primordiale, ce qui amène parfois certaines imprécisions ou erreurs de notation. Dans cet exemple, le premier accord de la 4ème mesure est chiffré G7#5. Les notes de l’accord devraient donc être sol si ré# fa. Or, il y a un mib bémol en place du ré# dans la partition du piano. Par la magie de l’enharmonie, si un guitariste joue cet accord avec un ré# au lieu de mib, le résultat sonore est absolument identique. Mais si on analyse ce passage, on comprend que nous sommes sur un accord V7 de do mineur. Mib est une dissonance diatonique au posé très expressive. Il s’agit d’une échappée [11] Chiffrer un ré# ici ne permet pas de comprendre la subtilité de cette dissonance. Mais il faut bien savoir que ce n’est pas le but des chiffrages américains dont le principal intérêt est de pouvoir jouer rapidement l’accord noté ainsi. Il faut donc bien tenir de compte de l’enharmonie avec les chiffrages américains.

Toutefois, nous engageons nos élèves à employer des chiffrages les plus justes possibles. En harmonie jazz comme en harmonie classique, les dissonances et les accords sont issus de mouvements mélodiques et il est important que le musicien puisse les mettre en valeur le mieux possible dans son accompagnement.

Conclusion

L’intérêt du chiffrage en degrés romains que nous utilisons dans nos cours est de faire apparaître immédiatement la relation du degré de l’accord à la tonique du mode. Il suffit de rajouter au-dessous le mode et la tonalité de l’accord et nous disposons de tous les éléments nécessaires à une analyse harmonique approfondie.


Cet exemple permet de comparer les deux chiffrages. On constatera qu’en chiffrage américain, le premier et dernier accords sont identiques alors qu’en réalité l’un est l’accord I de do majeur et l’autre, l’accord V de fa majeur.

Le chiffrage en degrés romains convient parfaitement pour le compositeur ou l’analyste car il lui permet de bien situer tonalement et modalement son harmonie. Mais les instrumentistes ont besoin de chiffrages leur indiquant rapidement les notes à jouer. Le chiffrage américain répond totalement à ce besoin. Nous découvrirons au prochain article que la basse continue en écriture classique répond à cette même nécessité.

Les chiffrages américains, l’harmonie spécifique aux accords avec extensions sont étudiés dans nos cours d’arrangement. Le programme de ce cours est disponible sur notre blog : Cours d’harmonisation et d’arrangement


- Chiffrages et notation des accords (I). Les chiffrages américains

- Chiffrages et notation des accords (II). Basse continue et basse chiffrée

    Jean-Luc KUCZYNSKI
    Jean-Luc KUCZYNSKI est compositeur et professeur de composition musicale depuis 1988 aux ACM et depuis 1999 à l’école d’écriture et de composition Polyphonies.
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