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Tempo, mesure et pulsation : quelle relation ?

« En principe les indications de tempo (andante, allegro, etc) sont données à la noire. Cependant, et dans l’interprétation au piano des variations en 2/4 du thème varié en do M de Haydn Hob. XVII-5 (cours 53), ces indications, en vue de répondre au caractère de chaque pièce, correspondent grosso-modo à la croche... comme si on était en 4/4. Vous avez une explication ? » Lire la réponse


 Contrairement à ce que vous mentionnez, le tempo se donne à toute sorte de valeur rythmique : la noire, le plus souvent certes, mais aussi la croche voire la ronde ou la double-croche. Tempo et mesure ne correspondent pas toujours ; c’est le cas dans cette pièce de Haydn.

L’indication de mesure est un découpage régulier des phrases musicales « Manière de diviser et de subdiviser le temps musical » nous dit le dictionnaire [1] « valant un certain nombre d’unité déterminées ». Elle a pour fonction essentielle de faciliter la lecture d’une musique écrite, en procurant des repères pour l’interprète, obtenus grâce aux divisions égales du temps musical.

L’indication du mouvement (allegro, andante... ) quand à elle, attribue un caractère à la musique (et pas seulement de vitesse d’exécution). Le tempo nous donne la pulsation, c’est à dire qu’il définit la manière dont est « pulsée » la musique. Et c’est bien par l’analyse que nous pouvons vérifier si les indications de mesure et de tempo correspondent. Par exemple, si un compositeur écrit une pièce à la croche et que l’indication mentionne une croche = 80, l’interprète saura qu’il doit penser la musique à la croche à ce tempo, sans plus d’attention à la mesure, pour en faire ressortir les articulations à la croche. Mais si l’indication portée est une noire=40, l’interprète pensera cette même musique à la noire, cherchant appui sur les temps forts de la mesure si nécessaire, ce qui aura pour effet d’escamoter malheureusement tout ce qui s’articule à la croche. Son interprétation ira en contresens de la musique telle qu’elle est pensée et écrite.

Il faut savoir que les indications de tempo sont relativement récentes, puisque c’est avec Beethoven qu’elles sont apparues sur les partitions. Dans certaines éditions de pièces antérieures à l’invention du métronome, elles y ont été ajoutées plus tard par des éditeurs soucieux d’actualiser leurs partitions, mais ignorant parfois les règles de l’art. Il faut donc bien analyser la pièce pour déterminer le mouvement véritable.

Je possédais une ancienne édition d’une sonate violon et piano de Mozart. Un magnifique andante en mib M y est écrit à la croche. C’est évident à l’analyse. La pièce est à 3/4 et Mozart n’a placé que la seule indication Andante. Malencontreusement, l’éditeur a indiqué un tempo à la noire [2]. A ce tempo, la pièce perd toute sa musicalité et sa poésie. Mais les grands interprètes ne s’y trompent pas ; il suffit d’écouter la version de Clara Haskil / Arthur Grumiaux dans laquelle l’andante est bien interprété à la croche.

Mais alors pourquoi Haydn a t-il choisi d’écrire 2/4 au lieu de 4/8 ?

Haydn a certainement voulu fixer métriquement les structures mélodiques. Un tempo à la croche aurait sans doute causé aux interprètes une lecture malaisée de sa partition, ou peut-être encore s’est-il simplement plié aux conventions de son époque en la matière : la tradition en effet demandait d’écrire le menuet à la noire, l’allemande à la croche et la gavotte à la blanche...

L’andante en mib M est à 5m32s de la vidéo :

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Jean-Luc KUCZYNSKI
Jean-Luc KUCZYNSKI est compositeur et professeur de composition musicale depuis 1988 aux ACM et depuis 1999 à l’école d’écriture et de composition Polyphonies.
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